17/03/2011

DAMIEN THIERY/ La Flandre veut faire disparaître le français

 

Damien Thiéry : " Ce que la Flandre veut aujourd'hui c'est faire disparaître le français de Flandre"

Martin Buxant

Mis en ligne le 17/03/2011

La bibliothèque de Linkebeek compte 50 % de livres en français et 50 % en néerlandais. Ce qui est contraire à la loi flamande. Résultat : ça s’échauffe…
Reportage

Bob et Bobette contre Suske en Wiske. Pourtant, c’est si paisible, mesdames et messieurs (dames en heren). Ce morceau de campagne aux portes Sud de Bruxelles, à un trottoir de la commune d’Uccle, avec ses pavés, sa charmante petite librairie et sa place communale, est bucolique à souhait. Tombez le masque : bienvenue à Linkebeek (Linkebeek) où la guerre entre francophones et Flamands fait rage jusque dans la petite bibliothèque communale.

 

La voilà, cette bibliothèque. Des tubes à néons qui donnent un rendu légèrement blafard, du ballatom élimé sur le sol. Et cinq à six rayonnages métalliques, quelques milliers d’ouvrages. Seulement voilà : ces livres, ils sont pour moitié rédigés en français. Stupeur et tremblements : des livres en français dans le "Vlaamse Rand" C’est que la loi de la Région flamande est claire, nette et précise en la matière : interdiction d’avoir moins de 75 % des ouvrages d’une bibliothèque qui ne sont pas en néerlandais La bibliothèque de Linkebeek, qui jouxte le commissariat de la commune, est donc hors-la-loi.

 

La Région flamande, en guise de rétorsion, ferme les robinets à subsides. Et la commune doit donc prendre entièrement à sa charge les 3 5000 euros de frais de fonctionnement annuel de la bibliothèque (location du local, paiement du personnel, achat des livres). Alors, dans une commune où 86 % des habitants sont francophones, cela fait jaser. "C’est un non-sens absolu", fulmine le bourgmestre non nommé Damien Thiéry. Rappel, celui-ci est, avec les maïeurs de Crainhem et de Wezembeek, non nommé depuis qu’en 2006 il a expédié les convocations électorales en français aux francophones de sa commune.

Il est assis dans son bureau, au rez-de-chaussée de la maison communale. Arrive Marco Schetgen (PS), conseiller communal, spécialiste des matières culturelles, il s’assied. Et il dit : "Nous sommes dans une situation hallucinante. Notre budget, pour une petite commune de 5 000 habitants, tourne autour de 6250000 euros. Et nous sommes obligés de payer sur fond propre notre bibliothèque juste parce que la Région flamande ne tolère pas que nous ayans des livres en français dans notre bibliothèque ! Mais est-ce qu’on se rend bien compte de l’ineptie de la situation ? Comment peut-on vouloir empêcher les francophones de disposer de livres dans leur langue ?", s’étrangle Marco Schetgen.

 

Une seconde bibliothèque - dédiée aux livres de jeunesse et consacrée aux jeunes et aux enfants - a ouvert ses portes il y a deux ans. Elle ne compte que des livres en français : c’est une ASBL entièrement gérée par des bénévoles. La commune de Linkebeek a voulu octroyer un subside de 2000 euros à cette initiative locale mais la tutelle, la province du Brabant flamand, a recalé l’octroi de cette enveloppe. C’est que le budget communal est soumis à l’approbation des comptes communaux. "C’est désespérant, souffle Damien Thiéry, mais c’est finalement illustratif de toutes les vexations que nous avons à subir dans notre commune. Où est le problème ? Est-ce que nous nuisons à la Flandre en autorisant les francophones à lire des livres en français." Paradoxe : la législation flamande oblige les autorités communales à avoir une bibliothèque pour leurs concitoyens. "Sans cela, reprend le bourgmestre, nous devrions faire venir un bibliobus dans notre commune". Des contrôles peuvent être diligentés par la tutelle flamande afin de constater le pourcentage de livres en néerlandais qui sont disponibles. "Il n’est donc pas question de tricher pour grappiller des subsides", tranche le bourgmestre.

 

Reste que c’est la vie culturelle et sportive entière de la commune sur laquelle repose une chape de conflit communautaire. Jugez plutôt : à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, deux centres culturels fonctionnent. Bien entendu, l’un est francophone, l’autre est flamand. Le centre culturel flamand, flambant neuf est subsidié par la Communauté flamande, on y joue des spectacles en néerlandais. A son bar, on y sert des "pintjes" (des bières). Sinon : bye-bye les subsides. Le centre culturel francophone ("La ferme rose") accueille des spectacles en français et en néerlandais. "Tout ceci est une aberration, reprend Marco Schetgen, on doublonne les structures culturelles simplement parce que l’autorité flamande ne supporte pas de ne pas marquer physiquement de son empreinte la politique culturelle dans notre commune".

 

Mais il n’y a pas qu’au niveau de la politique culturelle que francophones et Flamands ferraillent à Linkebeek : au niveau des clubs de sports, le torchon brûle. Ainsi dans une commune largement francophone, les clubs de sports ne reçoivent pas un euro de subside de la tutelle flamande de Linkebeek si leurs statuts et leur langue de fonctionnement ne sont pas le néerlandais à 100 %. Le Bloso - le pendant flamand de l’Adeps - chargé de la mise en place de la politique sportive en Flandre ne contribue pas à la vie sportive linkebeekoise. Seul le club de judo de la commune fait exception et fonctionne entièrement en néerlandais. "Mais tout ceci est impraticable, une nouvelle fois, pointe Marco Schetgen, comment voulez forcer des gamins francophones sur un terrain de football à ne pas parler en français, à ne pas prononcer le moindre mot en français ? C’est tout simplement de la folie. Ce n’est pas une plaisanterie, c’est comme cela que ça se passe ici", poursuit le socialiste francophone. Les clubs de sport sont donc entièrement à charge de la commune, aucune intervention financière de la Communauté française n’est tolérée en la matière.

 

Sollicités, les deux membres flamands de l’opposition, dont le CD&V Eric Kirsch, n’ont pas donné suite aux questions posées par "La Libre".

20:20 Écrit par Jeannine Sarels | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : thiety damien, la flandre, disparition du français |  Facebook |

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